Pendant plus de 90 minutes,
Alec nous avait emmené avec lui sur les chemins (souvent escarpés !) de son parcours de militant. Il avait réussi à nous faire rire, à nous captiver aussi et beaucoup d’entre nous s’étaient reconnu dans ses aventures, doutes et espoirs. Bref, cela avait été un des temps forts du WEF, plébiscité par les participants.
Un an plus tard, nous revoilà, impatients d’accueillir son acolyte,
Pauline Christophe et sa conférence gesticulée consacrée à son métier d’institutrice.
Depuis toute petite, Pauline voulait être «
maîtresse d’école ». Mais son rêve et ses idéaux se sont rapidement confrontés aux difficultés du terrain et, surtout, aux absurdités du système. Aujourd’hui, elle est tellement dégoûtée qu’elle est depuis 2 ans en disponibilité et envisage sérieusement de démissionner de l’Education Nationale.
Comment peut-on en arriver là ? C’est ce qu’explique Pauline à travers sa conférence gesticulée.
Institutrice militante, elle croit à l’école, à son utilité, au rôle fondamental qu’elle a à jouer dans notre société. Mais, dès sa formation à l’IUFM et, surtout, durant ses cinq années dans l’enseignement, les déceptions s’enchaînent au point qu’elle ne trouve plus sa place dans ce système et doive fuir pour se préserver. Qu’elle soit dans de « beaux » ou moins « beaux » quartiers de Paris, auprès de classes de tout petits de maternelle ou de collégiens SEGPA* rejetés du système, Pauline s’est heurtée à des murs.
Comment accepter de laisser des élèves sur le carreau ? Comment sauver sa peau quand les conditions de travail deviennent impossibles ? Comment y croire encore quand on se rend compte que c’est l’école elle-même qui crée les inégalités ? Comment s’accrocher quand on se sent complètement seule ? Comment se motiver quand on a l’impression de n’être qu’un pion sur l’échiquier ? Comment continuer quand l’école devient «
une entreprise comme les autres » ?
Pauline nous a successivement fait rire (notamment quand elle prend ses airs de « vraie » institutrice) et interrogé. Elle a réussi à nous présenter de manière simple et concrète les grandes réformes de l’Education Nationale et les projets en cours… A travers son histoire, elle a abordé des thématiques telles que les pédagogies actives (école Freinet etc.) la désobéissance civile, la formation des enseignants, l’évaluation des enfants et le fichage des élèves… C’est là tout le principe des
conférences gesticulées initiées par
Franck Lepage.
Décloisonner, revenir à l’humain, prendre en compte les individualités, apprendre aux élèves à fonctionner en groupe, leur enseigner l’esprit critique, fonctionner par cycle... Tels seraient
les projets de Pauline pour l’école de demain… Ca a l’air plutôt mal parti, mais qui sait ? Pauline en tout cas se sent désormais plus utile sur les planches que dans le système éducatif d’aujourd’hui et quoiqu’on en pense, sa conférence gesticulée n’a laissé personne insensible. Elle a réussi à nous interroger directement, en tant que citoyens et en tant qu’ « éducateurs » !